Ibyaranze intara y’amajyaruguru mu mateka

. RUHENGERI
ruhengeri

A. L’Historique

Le Territoire de Ruhengeri est composé de deux régions de haute altitude, habitées par une population presque exclusivement de cultivateurs, à savoir le Murera et le Rwankeri. Le groupe d’éleveurs des clans des Abanyiginya- Abacocori et du clan des Abakono, fut le premier à s’installer dans cette région à la fin du 16ème siècle. C’est à la fin du 18ème siècle, que les éleveurs du clan des Abanyiginya Abatsobe franchirent la Nyabarongo et se rendirent maîtres de la région du Bukonya. Le roi Kigeli IV Rwabugili fit construire ses résidences à Kigarama, à Rugeshi et à Mabungo au Bufumbira, d’où il lança ses campagnes vers le Ndorwa et l’Ankole.

Il installa dans ces résidences ses femmes Nyambibi et Nyiranshongore, son fils Nyindo, sa fille Berabose, et affermit le commandement direct sur ces régions par son fils le chef Nshozamihigo et le chef Buki. L’année 1911 fut marquée par la présence de la mission de délimitation des frontières entre l’Uganda et le Rwanda.

Le 21 novembre 1903, les Pères Classe, Dufays et le frère Hermenegilde, des Pères Blancs, fondèrent la Paroisse de Rwaza. Leurs premières constructions en herbes et en pisé furent incendiées par la population avoisinante. Après l’incendie des constructions en herbes, on commença à construire en briques, mais il fallut avoir les fusils à portée de la main sur les échafaudages. La nuit, l’un ou l’autre Missionnaire montait la garde prêt à repousser toute attaque. Les vols et les tentatives de vols furent, pour ainsi dire, quotidiens. Le premier avril 1910, le Père Loupias fut assassiné à Gahunga, à proximité de la Mission de Rwaza, par Rukara. Dans l’opinion des Pères de la Mission de Rwaza, Rukara tua le Père Loupias parce qu’il croyait que celui ci était venu à Gahunga, dans le but de l’arrêter pour le livrer au roi Yuhi V Musinga qui le considérait comme un rebelle. Après le meurtre du Père Loupias, les Allemands firent une expédition militaire à Gahunga, tuant habitants et incendiant quelques maisons, mais Rukara parvint à se réfugier au Bufumbira. Par après, il rejoignit Ndungutse dans le Buberuka, et fit partie de sa bande de révoltés. Mais Ndungutse, tenait à ménager les Allemands et les Missionnaires et voulait montrer qu’il était en révolte contre le roi Musinga et non contre les Européens. Ainsi fit-il livrer Rukara aux Allemands. Celui-ci fut pendu à Ruhengeri. Le Twa Basebya, fidèle à Mibambwe IV Rutarindwa, contestait toujours la légalité du roi Yuhi V Musinga. Il avait pris comme prétexte l’assassinat de son maître Rukara pour se révolter lui aussi contre Musinga.

Basebya envahit le Buberuka et massacra tous ceux qui ne se soumettaient pas à son autorité. Il y eut un combat sérieux à la colline Mwerere entre, d’un coté, les Twa et les Hutu fidèles à Basebya et, de l’autre coté, les Tutsi commandés par le chef Ruhararamanzi, fils de Ruvuzandekwe, umwega-umukiza. Basebya dut prendre la fuite et se réfugia dans la forêt du Ndorwa. Ruhararamanzi, au lieu de faire occuper le pays par ses gens, alla au Nduga faire sa Cour au roi Musinga et lui présenter le bétail razzié au Buberuka. Basebya en profita pour sortir de sa retraite et recommencer ses pillages au Buberuka. Les Hutu, désireux de vivre en paix, firent leur soumission à Basebya, espérant ainsi échapper au pillage de leurs biens. Il fallut trois expéditions armées pour venir à bout des bandes de Basebya, auxquelles se joignirent plus tard les partisans de Ndungutse. D’après le témoignage du chef Rwubusisi, fils de Rwakagara, umwega, qui dirigea deux de ces opérations, le Twa Basebya terrorisa la région de Buberuka et réussi à échapper à ces guerriers. A la fin, Basebya reconnut l’autorité du prétendant successeur de Mibambwe IV Rutarindwa, en la personne de Ndungutse. Il mit à sa disposition ses bandes pour leur combat commun. Le roi Musinga alarmé, demanda l’intervention des Allemands. Le Lieutenant Gudowius prit le commandement de l’opération, assisté par le chef Rwubusisi.

Celui-ci, disposait d’une importante armée qui comprenait les Milices : Uruyange, Imbanzamihigo, Ingangurarugo, Abakemba. Rwubusisi réussit à introduire auprès de Basebya, Bigenimana et Rusingizandekwe, frères du chef Mafene, lesquels se mêlèrent aux partisans de Ndungutse qui s’étaient attachés à la fortune de ce Twa.

Lorsque Rwubusisi apprit de ses espions que Basebya et Ndungutse séjournaient à la colline Ngoma au Buberuka, il avertit, le Lieutenant Gudowius qui était à Kigali. Celui-ci, en deux étapes de nuit, parvint à Ngoma où il cerna le logement des rebelles.

Gudowius lui-même abattit de son propre revolver un Tutsi qui tentait de fuir. Son cadavre fut identifié à celui de Ndungutse. Plus tard, il fut connu que le vrai Ndungutse avait réussi à s’échapper et avait gagné l’Uganda où les autorités britanniques l’avait interné. Encore que certains objectent que le vrai Ndungutse était bel et bien celui qui était tué. Toujours est il que deux autres individus prétendirent répondre au nom de l’authentique Ndungutse. Le plus connu fut Ndungutse Semaraso, qui se disait être fils du roi Kigeli IV Rwabugili et de son épouse Nyiragahumuza. Plus tard, cet individu fomenta une rébellion au Ndorwa de Byumba en 1928.

Le Lieutenant Gudowius, sur les instances de Musinga, se rendit alors au Murera, au Kibari et au Bugarura pour y mater les habitants. Les guerriers du chef Rwubusisi demeurèrent à Rusarabuye au Kibali. C’est alors que Mihayo, représentant de Rwidegembya au Buberuka-Est, avertit le chef Rwubusisi que le Hutu Nyemera, lieutenant de Basebya était disposé à trahir celui-ci. Rwubusisi chargea Nyemera de circonvenir Basebya en lui faisant croire que le Roi voulait lui faire cadeau de vaches et de l’élever au rang de ses serviteurs. Rwubusisi, en temps que chef des Ibijabura, demanda que Basebya et ses hommes viennent le saluer. Basebya fit répondre à Rwubusisi qu’il acceptait de le rencontrer à Kabona dans la forêt. Il posait comme conditions que Rwubusisi ne devait se faire accompagner que de trois Tutsi, lui-même viendrait avec trente Twa. Il demandait encore qu’on lui apportât de la bière et une grande quantité d’arcs et de flèches ainsi que les vaches, cadeau du roi. Les pourparlers en étaient là lorsque le Lieutenant Gudowius revint à la tête d’un important cheptel de vaches qu’il avait enlevé aux habitants des régions visitées.

Rwubusisi alla dans sa rencontre à Kivuruga. Gudowius fut satisfait de l’initiative de Rwubisisi et mit à sa disposition quatre militaires armés de fusils. Rwubusisi établit alors son camp à la colline Ngoma pour inspirer confiance à Basebya et renvoya la plupart de ses troupes.

Au jour fixé, il forma sa caravane qui comprenait trois Tutsi conduisant les vaches, quatre Hutu portant la bière, les arcs et les flèches, cadeaux destinés à Basebya. Les quatre soldats, dissimulant les fusils sous leurs vêtements, portaient des cruches vides sur leurs têtes. Le groupe s’engagea dans la forêt et atteignit la clairière du rendez-vous de Kabona. Basebya arriva peu après, entouré d’un groupe de ses hommes. Il fit tout d’abord montre de la plus grande circonspection. Et pendant que Rwubusisi faisait servir de la bière, il se tenait à l’écart à quelques mètres de lui, entouré de ses gens. Ce fut le fils de Basebya, qui le premier, vint s’asseoir au milieu des Tutsi. Rwubusisi présenta alors à Basebya les vaches qu’il lui avait amenées et lui remit les arcs et les flèches ainsi que deux pièces d’étoffes. La distribution de la bière continua et les Twa se mêlèrent aux étrangers. Les quatre soldats demeuraient en arrière. Rwubusisi demanda alors à Basebya d’écarter ses gens, car il désirait lui communiquer en tête à tête le message du roi. Basebya qui avait déjà absorbé une grande quantité de bière forte, mélange de miel et de sorgho, y consentit. Rwabusisi blâma alors Basebya pour avoir cesser de faire la cour au roi et l’invita à reprendre le chemin de la Capitale, ce que Basebya refusa. Pendant ce temps, Rwubusisi observait la progression des soldats qui, se glissant de buisson en buisson, vinrent se tapir à proximité, tenant en joue le groupe de Twa. Lorsqu’il vit qu’un des askaris était parvenu à quelques mètres derrière lui, Rwubusisi se jeta sur Basebya et lui immobilisa les bras, pendant que le soldat lui passait les menottes. Les autres soldats ouvrirent le feu, tuant plusieurs Twa et les autres prirent la fuite. Rwubusisi aurait voulu ramener Basebya enchaîné à Nyanza pour le livrer au roi, mais le Lieutenant Gudowius déclara qu’il devait être châtié sur les lieux mêmes de ses méfaits. Le 12 mai 1912, à la colline Kajwi au Kibari, Basebya fut lié à un arbre les yeux bandés et fusillé. Son corps est laissé sur place. Les Hutu des environs, dont les parents avaient été massacrés par les Twa, le dépecèrent pour en offrir les morceaux aux esprits de leurs morts.

B. Les chefferies

1°- Murera

La région naturelle que les indigènes désignent sous le nom du Murera est beaucoup plus vaste que la chefferie actuelle de ce nom. Elle comprend : le Bushiru, le Rwankeri, le Bufumbira, le Murera actuel, le Kivuruga, le Buberuka Ouest, le Bugarura, le Ndorwa et le Bukamba. A la fin du 16ème siècle, le groupe Tutsi des Abanyiginya – Abacocori et des Abakono, dont il a été question dans la partie générale de l’historique, s’établit à Ruhondo. Plus tard il gagna les abords des volcans et de la grande forêt. Il n’exerça aucune influence politique sur la région. Il envoya le tribut de soumission guerrière au roi quelques taurillons et les herbes qui servaient au tannage des peaux dont s’habillaient alors le roi et les chefs. Sous le règne de Gahindiro, milieu du 18ème siècle, la pénétration tutsi fut esquissée. Le grand chef Rugaju reçut le Murera en fief. Qui était ce Rujagu ? D’après Alexis Kagame (E.H., p. 182-183), il était fils de Mutimbo, de Senkunda, de Kagubwa, du clan des Abasinga-Abagahe, venus au Rwanda sous le règne de Kigeli II Nyamuheshera. Il obtint l’obéissance d’un certain nombre de chefs de clans, qu’il força à payer le tribut royal. A la mort de Yuhi IV Gahindiro, Rugaju qui, d’après l’opinion populaire, était devenu si puissant, porta ombrage au nouveau roi, qui l’accusait d’avoir empoisonné son père et le fit tuer.

Le roi Mutara II Rwogera céda le fief du Murera à son oncle Rwakagara. Celui-ci ne vint jamais au Murera. Il nomma son vassal Sekaryongo comme son représentant à la tête de cet immense domaine. Mais les Hutu refusèrent de se soumettre aux Tutsi. Le roi Rwogera envoya alors au Murera une expédition militaire commandé par son fils Rwabika, qui mit le Murera à sac et ramena au Nduga le bétail razzié.

Après cette opération, Sekaryongo reprit son commandement. Ce fut le premier Tutsi qui réussit à soumettre les clans du plateau central du Murera et du Bukamba au paiement d’un tribut composé de taurillons et de cruches de miel. Sekaryongo engroba les habitants du Murera dans la formation de la Milice Imvuzarubango, qui sont un sous groupe de la grande Milice Uruyange du clan des Abega. A la mort de Rwakagara, son fils Nyamushanja lui succéda. Celui-ci, non plus, ne résida pas en Territoire de Ruhengeri et il confirma Sekaryongo dans ses fonctions.

Jusqu’au règne de Rwabugili, la région demeura sous le régime de protectorat militaire. Rwabugili s’installa sérieusement dans la chefferie du Murera, d’où il lança ses opérations guerrières contre le Ndorwa-Ankole. Il destitua Nyamushanja et Sekaryongo et construisit sa résidence à Kigarama. Les clans hutu de la région furent matés et soumis au tribut foncier et à la corvée. L’emprise des Tutsi s’affirma surtout dans la région de l’actuelle chefferie du Murera et du Bukamba. Le hutu Muhozi fut chargé de constructions de la résidence royale de Kigarama tandis que le tutsi Bigwabishinze fut nommé responsable de la rentrée des prestations vivrières = ikoro et de la garde du bétail. Nyambibi, la femme du roi, habitait à Rugeshi, la colline voisine de Kigarama. Pendant une des absences de Rwabigili, alors en guerre contre les Abanyabungo du Kivu, les Hutu de Kirehe et de Bugarura se révoltèrent. Nyambibi ordonna leur répression par le chef tutsi Mushakamba. A son retour, Rwabugili fit mettre à mort Bigwabishinze et sa famille et destitua le hutu Muhozi. Il rendait ainsi ces deux chefs responsables de la révolte des habitants qu’ils commandaient auparavant. Il confia le commandement à Rukaburacumu en remplacement de Nshozamihigo, son fils qu’il avait eu avec sa femme Nyambibi. Devenu majeur, Nshozamihigo assuma lui-même la direction du Murera.

Il fixa son domicile près de celui de sa mère Nyambibi, à Rugeshi et un autre au Bukamba. Nshozamihigo se retira vers 1910, son fils Nyirimbirima lui succéda. Après beaucoup de mésententes avec le roi Yuhi V Musinga, celui-ci se réfugia en Uganda et fut remplacé par le chef Gakwavu. Celui-ci s’installa provisoirement à Gashunga où se trouvait le poste administratif. A son arrivée au Murera, Gakwavu laissa les sous-chefs dans les commandements qu’ils détenaient avant la fuite de Nyirimbirima. Il se contenta de déplacer ceux qui s’étaient enfuis avec ce dernier. Gakwavu était loin de posséder le prestige et l’autorité de Nyirimbirima et surtout de Nshozamihigo, père de celui-ci. En 1931, au moment de l’organisation des chefferies et du remaniement qui s’en suivit, Gakwavu se vit enlever tout ses commandements et il ne lui resta que la chefferie du Murera. Par contre, par ses qualités d’honnêteté et de douceur, par ses allures un peu distantes de grand seigneur, Gakwavu parvint petit à petit à acquérir le respect si pas l’obéissance des habitants du Murera.

Voici la liste chronologiques des chefs : Rugaju, fils de Mutimbo, umusinga – umugahe ; Rwakagara, fils de Gaga, umwega ; Nyamushanja, fils du précédent ; Nshozamihigo, fils de Kigeli IV Rwabugili ; Nyirimbirima, fils du précédent ; Gakwavu, fils de Gacinya, umunyiginya-umuhindiro ; Crépin Kamari, fils du précédent, chef depuis 1940.

2°- Bukamba – Ndorwa

Le Bukamba fit partie du Murera jusqu’en 1931 et n’a pas d’histoire propre. Par contre le Ndorwa qui lui est superposé, a une histoire propre et spéciale. Cette histoire vient du culte de Nyabingi, pratiqué dans cette région. La secte de Nyabingi est venue dans cette contrée à partir du Bufumbira sous le règne de Rwogera.

Il fut introduit par une femme nommée Rutagirakijune surnommée Kanzarira ou Biheko. Cette femme s’était installée à la colline Musana au Ndorwa. Elle prétendait être envoyée par Imana qui parlait par sa bouche. Les habitants allaient la consulter pour lui demander une guérison, une naissance, la puissance et la force, pour les débarrasser de leurs ennemis ou les protéger contre ceux-ci. La prophétesse, cachée derrière un paravent, prétendait entrer en communication avec l’esprit de Nyabingi et dictait aux visiteurs ses conseils, ses ordres et ses honoraires. Pour gagner la faveur de l’esprit, les habitants lui faisaient don de vivres, de petit et gros bétail et même de jeunes filles qui devenaient les servantes de Nyabingi. L’importance politique de cette prophétesse devenant trop gênante, elle fut tuée sous les ordres de Rwabugili. Elle fut remplacé par son fils Gatondwe, par son petit fils Ruhara et même par son arrière petit fils Mafene. Celui-ci fut accusé auprès des Allemands de se livrer à des exactions envers des habitants et fut exécuté. Le premier chef tutsi connu au Ndorwa est Buki, fils de Muhabwa, umusinga – umugahe. Il reçut de Rwogera le commandement du Bufumbira et du Ndorwa. Par contre, il ne réussit pas à imposer son autorité sur la population hutu et à lui faire payer le tribut royal. Rwabugili destitua Buki.

Kigeli IV Rwabugili fit du Bufumbira une base militaire pour ses campagnes contre le royaume du Ndorwa. Il fixa son domicile à Mabungo, dans l’actuel district de Kigezi. Il confia ce domicile et ses domaines à son fils Nyindo et à sa fille Berabose. Kabare eu la responsabilité du commandement sur cet apanage en s’y faisant représenté par Nyirinkwaya et ensuite par Muvunandinda. Sous le règne de Musinga, Nyindo exerça en personne le commandement de son fief. Après l’occupation allemande, la Mission de délimitation des frontières du Rwanda, Uganda, Congo Belge, détacha la chefferie du Bufumbira du Rwanda et l’incorpora à l’Uganda. Le chef Nyindo qui commandait le Ndorwa et le Bufumbira continua à résider au Bufumbira et pendant plusieurs années le Ndorwa de Ruhengeri resta sans chef effectif.

Nyindo continua cependant à fournir l’ikoro du Bufumbira à la Cour du Rwanda malgré la défense formelle des autorités anglaises. C’étaient d’ailleurs les chefs de clan eux-mêmes qui allaient le lui porter en cachette, les habitants du Bufumbira ne tenant aucun compte de l’accord entre les autorités européennes, Anglo-Allemandes, et continuaient à se considérer comme des sujets du roi du Rwanda. Cependant, en 1917, les autorités britanniques finirent par reléguer Nyindo à Mbarara où il finit ses jours. En 1937, le Ndorwa fut réuni au Bukamba sous le commandement de Rubangura, de Bisamaza ensuite. Voici la liste chronologique des chefs : Buki, fils de Muhabwa, umusinga-umugahe ; Nyindo, fils de Kigeli IV Rwabugili ; Quintilin Kamuzinzi, fils de Ndekezi, umutsobe ; Rubangura, fils de Ruhashyampunzi ; Quintilin Bisamaza, fils de Mukama, umunyiginya-umuhindiro.

3°- Buberuka

Le Buberuka est un pays de hautes montagnes, coupé de marais souvent infranchissables en saison des pluies. Le caractère des habitants est à l’image de l’âpreté du pays. La région naturelle du Buberuka est actuellement divisée entre les chefferies de ce nom du Territoire de Ruhengeri et de Byumba. Le Buberuka de Ruhengeri fut longtemps divisé en deux massifs géographiques, séparés dans le sens Nord-Sud par la rivière Nyamushanza de sa source à son embouchure dans le lac Burera. La partie ouest du Buberuka, ainsi scindé, fut dirigée par les chefs de la résidence royale de Kigarama et du Murera. La partie est demeura pratiquement indépendante jusqu’au règne du roi Rwabugili. Il y existait néanmoins une corporation de forgerons nommée Abavugusi. Ils forgeaient des houes connues sous le nom d’Amaberuka. Ce groupement fut fondé par Hozi, sous le règne du roi Cyilima I Rugwe aux environs du 14ème siècle. Longtemps plus tard, un chef de ce groupe, nommé Mubumbyi, fut élevé au rang des chefs.

Celui-ci reçut le commandement de la Milice Abagina et le gratifia du commandement d’un grand nombre de collines du Buberuka. Mubumbyi fut tué aux côtés de son maître Mibambwe IV Rutarindwa. Son fils Rusangiza ne conserva que le massif de Mushongi au Buberuka de Byumba où se trouvait le centre de leur métier de forge.

Sous le règne du roi Yuhi V Musinga, le grand chef Rwidegembya, fils de Rwakagara, commandait au Buberuka-Est la formation de la Milice Abaruru et celle des Twa dit Ibijabura, tandis que Rukangirashyamba, était le collecteur des prestations vivrières = Amakoro pour la Cour Royale.

En 1924, Gashamura, qui avait succédé à son père Rukangirashyamba, fut destitué. Kayitakibwa, son neveu, lui succéda. Celui-ci fut assassiné en 1931 par un de ses sujets, le hutu Gahinyuza. Le chef Murego, fils de Ruhanga, umunyiginya-umucocori, fut ensuite investi du commandement de la chefferie du Buberuka-Est à la place de Rwidegembya. Voici la liste chronologique des chefs : La partie Ouest fut gouverné par les chefs suivants : Nshozamihigo, fils de Kigeli IV Rwabugili ; Nyimbirima, fils du précédent ; Gakwavu, fils de Gacinya, umunyiginya-umuhindiro. La partie Est fut gouverné par les chefs suivants : Rukangirashyamba, fils Kanyamuhungu, umutsobe ; Gashamura, fils du précédent ; Kayitakibwa, neveu du précédent ; Murego, umunyiginya.

4°- Kibali

La tradition rapporte que le premier Tutsi qui s’est fixé au Kibali est Kagurano, qui, sous le règne du roi Mutara II Rwogera, vint au Buberuka, à la recherche de pâturages pour son bétail. Il s’installa avec ses serviteurs à la colline de Mataba sur des terres vacantes que les hutu lui avaient cédées.

A l’avènement de Rwabugiri, Rutishereka, fils de Sentama, umunyiginya-umwenegitore, commandait la formation des Abashakamba. Celui-ci s’efforça sans grand succès de lever le tribut royal sur le Kibari. Il perdit bientôt la faveur du Roi et fut remplacé par Kabare, qui se fit représenter sur place par Sembaraga, dont la principale mission fut de lever le tribut en vivres, miel, bétail, bière au profit de la résidence royale de Kigarama, et de recruter les porteurs pour les expéditions militaires contre l’Ankole. A la même époque, Sharangabo, fils de Rwabugili, commandait au Kibari une formation militaire de hutu appelé Abaseso. Mais l’autorité des chefs tutsi ne put s’imposer de façon effective sur le Kibari, à l’exception du massif de Mataba. Cette région demeura pratiquement indépendante sous le règne de Rwabugili. Après la mort de Kabare, le roi Musinga, confia le commandement de la colline Mataba à un de ses serviteurs, le Hutu Ruvuzabigembe. Il crut probablement en agissant de la sorte, éveiller moins facilement la méfiance des habitants du Kibali. Dès que les autorités allemandes s’établirent, le roi Musinga profita de leur présence et de l’appui possible de leur force armée, pour ordonner à Ruvuzabigembe d’étendre son influence sur toute la chefferie du Kibali, et d’exiger des habitants le paiement des prestations vivrières. Ruvuzabigembe ne réussit qu’à moitié à exécuter des ordres du Roi et mourut peu après. Il fut remplacé par son fils Gahutu, qui, lui non plus, ne parvint pas à s’imposer et fut destitué quelques mois plus tard. Sa succession échut à Banungu, un autre Hutu, serviteur de Musinga, mais originaire du Nduga. Musinga destitua ensuite Banungu et le remplaça par un autre Hutu Mushenyi qui mourut peu après. L’autorité de ces représentants ne porta que sur la partie ouest et centrale de l’actuel Kibali, tandis que le Mwiru Mwijuka, hutu lui aussi, commandait le massif de Kabuye. A Kabuye existait une source d’eau, réputée rendre productives les abeilles. Ce fief religieux appartenait à une famille de devins depuis les temps les plus anciens.

A la mort de Mushenyi, le roi Musinga désigna le Tutsi Munyakigeri pour le remplacer. Plus tard, la partie est de Kibali, comprenant les collines Munini, Mataba, Tandagara, Munyinya et Duhunga, fut érigée en fief indépendant au profit du tutsi Burengero. Munyakigeri conservait le Kibari central depuis la rivière Kabarashira jusqu’à la Kinoni et son affluent, la Musange. Gashamura obtint le commandement sur le massif de Kabuye. Lorsque les Belges prirent en mains l’administration du pays, Munyakigeri et son représentant Rucamihigo étaient rentrés au Buliza et Burengero avait rejoint le Nduga. Le Kibali n’était plus commandé que par deux autorités : Gashamura, auquel succéda en 1925 son neveu Kayitakibwa, qui était titulaire du massif-nord, et Senyakazana qui dirigeait le reste au nom de son frère Serukenyinkware. Senyakazana s’était fait suivre d’un grand nombre de ses serviteurs venus du Buriza, du Marangara, du Mayaga et du Nduga. C’était un chef énergique et intègre. Il commença par partager les collines de sa chefferie entre ses vassaux. Si tous n’étaient pas des gens de valeur, du moins le commandement fut-il assuré d’une manière plus effective et le Kibari eut une occupation tutsi plus solide. Un peu plus tard, les gens de Gako, appartenant presque tous à la famille des Abaseso, tentèrent de se révolter et de se libérer de leur chef de famille Sekanyambo. Senyakazana s’en plaignit à M. Borgers, Administrateur Territorial de Ruhengeli. Celui-ci, avec ce chef, mena une opération à Gako, infligea une leçon salutaire, non seulement aux Abaseso mais aussi aux autres habitants du Kibari qui suivaient l’exemple des Abaseso. En fait, ce fut M. Borgers, aidé de Senyakazana, qui fut le premier à faire régner un peu d’ordre et de discipline au Kibari. En 1924, le chef Senyakazana, fils de Mushyo, umusinga-umucumbi, reçut le commandement de la chefferie du Buhoma et abandonna celui du Kibari, à son neveu Karima, fils de Serukenyinkware, qui en 1931, à la mort de Kayitakibwa, commanda tout le Kibari. En 1938, le Buberuka fut joint au Kibari sous le commandement du même chef.

Le Kibali fut administré selon l’antique système qui sur le même territoire distinguait le commandement sur la population Hutu (umutware w’ubutaka) et celui sur la population Tutsi (umutware w’umukenke). La population hutu eut pour chefs les suivants : Ruvuzabigembe, Gahutu, Banungu, Mushenyi. La population tutsi fut regroupée en trois zones : le Kibali-ouest eut pour chef Burengero. Le Kibali central eut le chef Munyakigeli. Le Kibari est eut le chef Gashamura, fils de Rukangirashyamba, umutsobe. Par après, cette zone fut regroupé en deux zones seulement : la zone est garda son chef Gashamura qui fut remplacé par son neveu Kayitakibwa. Tandis que la zone centrale et ouest redevint une seule entité administrative sous l’autorité du chef Raphaël Serukenyinkware, fils de Mushyo, umusinga-umucumbi. Après la mort de Kayitakibwa, qui commandait le Kibali, Epaphrodite Kalima, fils de Serukenyinkware, le remplaça sur cette chefferie du Kibali. Il lui ajouta celle du Buberuka à partir de 1938 en remplacement du chef Godfroid Kamuzinzi, fils de Rusagara, umunyiginya -umunana, muté pour le Territoire de Gisenyi.

5°- Bukonya

Le premier Tutsi qui aurait pénétré au Bukonya serait Rusimbi, fils de Bwaca, umutsobe, qui venait de Ndiza à la recherche de pâturages pour son bétail. Il s’installa de l’autre côté de la Nyabarongo. Rusimbi était parvenu à se faire reconnaître par les Hutu de la région. Il demanda au roi Cyilima II Rujugira de lui accorder le commandement de la partie du Bukonya qu’il occupait. Le roi Rujugira lui ayant donné satisfaction, Rusimbi ne se contenta bientôt plus des pâturages, mais voulut augmenter son bétail en faisant des prélèvements sur les troupeaux des Hutu. Dans l’intension de faire sa cour au roi, il voulut également imposer aux habitants le paiement d’un tribut de cruches de miel. Les Hutu refusèrent de s’exécuter, puis se révoltèrent.

Le hutu Nsoro de la famille des Abanyanguzo, habitant Gatonde, se mit à leur tête pour mener campagne contre les Tutsi. Rusimbi demanda l’appui du roi Rujugira. La troupe des Pages royaux contourna le Bukonya et voulut y pénétrer par le Murera et le Bugarura. Pendant ce temps, des bandes de guerriers, venus du Ndiza et du Nduga, pénétrèrent au Bukonya en traversant la Nyabarongo et le Kibali. Les habitants du Bukonya ne purent pas résister et tous ceux qui ne parvinrent pas à s’enfuir furent massacrés. Les Tutsi profitèrent de cette pénétration en force, et s’installèrent définitivement au Bukonya qui resta commandé par Rusimbi. Rubona, son fils, lui succéda et fut élevé au rang de chef par le roi Cyilima Rujugira. Le chef Rubona organisa une puissante Milice guerrière nommée Abadahemuka, Milice héritée de son père, à partir des éléments de ses nombreux fiefs du Kibari, du Mutara, du Bunyambiriri, du Bufundu et du Nyaruguru. Rubona fut le Lieutenant de Gihana, fils du roi Cyilima II Rujugira au cours de sa campagne contre le Burundi. Il mourut martyr pour le Rwanda dans ce pays à la suite de son maître Gihana. Son fils Rwambari lui succéda sous le règne de Yuhi IV Gahindiro. Celui-ci fut également martyr pour son pays au Ndorwa. Il eut pour successeur son fils Semuzigura. Le roi Mutara II Rwogera lui enleva un groupe de collines au Sud du Bukonya et les confia au notable du nom de Mupfumu. Kigeli IV Rwabugili détacha la partie ouest et centrale de cette chefferie qui fut englobée dans l’apanage de Kigarama pour le bénéfice de son fils Nshozamihigo. Semuzigura eut pour successeur son fils Ruvuzacyuma. A la mort de celui-ci, le morcellement s’accentua encore. Les 3 fils de Ruvuzacyuma, à savoir Micoco, Njyanjyari, Ngaboyisonga, se partagèrent son fief. Son 4ème fils, Rukikanshuro, reprenait le commandement de trois collines que son père commandait pour Nshozamihigo. En 1923, Gahima qui commandait le Massif de Mbogo au Bugarura-nord-est pour le compte de son frère Munyuzangabo, reçut la direction d’une partie importante du Bukonya et du Kivuruga, dont Gakwavu était chef.

Le Bukonya sud continua à dépendre de Rwihandagaza, également représentant de Gakwavu. Macari, le 5ème fils de Ruvuzacyuma ainsi que ses frères Njyanjyari et Micoco, dépendirent de Gakwavu pour certaines de leurs collines et reçurent d’autres directement du roi Musinga. En 1931, le Bukonya fut unifié sous le commandement de Gahima. En 1936, le chef Gahima se tua à Gatonde dans un accident d’auto. Le chef Canisius Bisalinkumi, fils de Mpamarugamba, umunyiginya-umuhindiro, lui succéda.

6°- Buhoma

Les débuts de l’histoire de cette chefferie nous sont mal connus. Une des raisons de cette méconnaissance est le fait que notre Document de référence principale a perdu la page qui nous en informait. Les habitants de cette région ont mis du temps à accepter le pouvoir central du Rwanda ainsi que celui des Autorités allemandes. D’après la liste des chefs qui nous a été communiquée, les premiers chefs de cette région furent les descendants du célèbre Buskete, un Twa anobli par le roi Cyilima II Rujugira. Le dernier représentant de cette lignée fut le chef Biganda. Celui-ci fut remplacé, en 1931, par le chef Senyakazana, du clan des Abasinga. En1938, son fils Jean Népomuscène Rwaburindi prit sa succession.

Voici la liste chronologique des chefs du Buhoma. Les six premiers connus se succèdent de père en fils dans l’ordre suivant : Buskete, Semakamba, Rugira, Gatabirora, Rwamahungu, Biganda. A ces chefs de la famille des Abaskete, succèdent deux du clan des Abasinga : Senyakazana puis son fils Jean Népomuscène Rwaburindi.

7°- Rwankeri

Rwankeri n’a pas d’histoire propre. De tout temps, il a fait partie du Murera.

C’est à partir de 1931 que le Rwankeri connut une réorganisation qui la mit sous l’autorité de ses chefs propres que voici : Le premier fut Sebatwa ; le second fut Georges Gasasira, fils de Gacuraguzi, umusinga-umucumbi. En 1939, le Rwankeri fut réuni au Buhoma-Buhanga sous l’autorité de Jean Népomuscène Rwaburindi, fils de Senyakazana, umusinga-umucumbi.

8°- Bugarura

Jusqu’au milieu du 19ème siècle le Bugarura fut intégré dans la région naturelle du Murera et obéit aux mêmes chefs. Cette petite chefferie était divisée en trois groupements de collines : le Bugarura nord-ouest, comprenant les collines Rwaza, Kiganda, Sayo, Jomba, Bushoko, Muramba et Kamisave, était commandé par les chefs du Murera à savoir : Nyamushanja, Nshozamihigo, Nyirimbirima, Gakwavu. Le Bugarura sud-ouest comprenant les collines Rutare, Mataba, Kavumu, Burembo, Gitwa, Nyundo et Rukoro, resta toujours réfractaires au pouvoir central du pays. Aux environs de1923, après une longue succession de chefs instables, le chef Rubaduka, fils de Kayijamahe, fut imposé par l’administration coloniale. Le Bugarura nord-est, comprenant les collines Remera, Mbogo et Bugaragara, fut administré par une succession de chefs et de représentants, investis, destitués ou mis à mort selon les fluctuations de la politique du moment. Cette période, politiquement tourmentée, va du règne de Mutara II Rwogera à celui de Yuhi V Musinga. C’est en 1931 que l’histoire du Bugarura devient saisissable sous le règne de Mutara III Rudahigwa. A ce moment-là, le chef Rwabukamba fut investi du commandement de cette chefferie.

Voici la liste chronologique des chefs du Bugarura, répartie en trois zones. La zone nord ouest était commandé par les chefs du Murera et de Kigarama. La zone sud ouest était commandée par Mbanzabigwi, fils de Rwakagara, umwega, puis son fils Léopold Kayondo. La zone nord est était commandée par les chefs suivants : Le prince Nkoronko, fils de Yuhi IV Gahindiro ; Shwaguri ; Mugugu, fils de Shumbusho, umushambo ; Rutishereka, fils de Sentama, umunyiginya-umwenegitore ; Sebuharara, fils de Rwampembwe, umunyiginya-umuhindiro ; Rwangeyo, fils Nyirindekwe, umunyiginya-umuhindiro ; Cyitatire, fils du précédent; Rwagakiga, fils aussi du précédent. En 1931, toutes les zones furent unifiées sous le commandement de J. Berchmans Rwabukamba, fils de Sake, umunyiginya-umugunga.

C. Les Principaux événements

1903
La fondation de la Mission catholique de Rwaza.

1907
La bataille du marais de Rugezi entre Basebya et les guerriers de Ruhararamanzi.

1910
-L’assassinat du Père Loupias
-L’exécution de Rukara, meurtrier du Père Loupias, à Ruhengeli.

1916
-La fondation du poste administratif de Gihinga au Kibari.
-La variole = ubushita

1920
La création du Territoire de Ruhengeri au Murera.

1928-1929
Les premières prospections minières.

1934-1935
La fondation de la Mission adventiste du 7ème jour à Rwankeri.

1935
- La fondation de la Mission catholique de Nemba au Kibari.

1936
- L’ouverture du dispensaire de Gitare au Bukamba.
-La peste bovine = muryamo

1939
L’ouverture de l’hôpital rural de Ruhengeri

1940
- La mise en exploitation de la mine Marchall de Gifurwe.

1945-1946
-La petite variole = ibihara
- La dysenterie bacillaire = macinya
1947
L’ouverture du dispensaire rural de Murambi au Kibari.

1950
L’ouverture du dispensaire rural de Gatonde au Bukonya.

1952
-La fondation de la Mission catholique de Murama au Buhoma.
-La fondation du Petit Séminaire de Murama au Buhoma.

IX. BYUMBA

A. L’Historique

Le Territoire de Byumba est composé de régions fort différentes: Les montagnes du Buberuka et la savane du Mutara que joint la zone de transition du Ndorwa et du Buyaga. La même opposition se manifeste dans la population. Le Rukiga et le Buberuka, apparentés aux chefferies voisines du territoire de Ruhengeri, sont des régions essentiellement peuplées de cultivateurs. Les premières expéditions guerrières des pasteurs remontent au roi Ruganzu Ndoli, elles n’eurent pas d’influences durable sur l’organisation politique des communautés hutu qui continuèrent à être dirigées par leurs chefs Abahinza. C’est le roi Kigeli IV Rwabugili qui imposa les premiers chefs tutsi à la région.

Le pourcentage des Tutsi resta néanmoins extrêmement faible puisque les premiers recensements complets effectués vers 1935 accusent les pourcentages de 8% et de 5% de Tutsi, par rapport à la population totale dans les chefferies du Rukiga et du Buberuka. Le Ndorwa, Mutara, Buyaga, de basse ou moyenne altitude, sont issues du démembrement de l’ancien royaume du Ndorwa-Nkore. La guerre, les razzias dirigées contre le royaume du Ndorwa, les tentatives de soulèvement des provinces occupées, implacablement réprimées, se succédèrent jusqu’à la fin du 19ème siècle. Ce fut le roi Rwabugili, grand guerrier, grand administrateur, qui rattacha définitivement les régions du Mutara, du Ndorwa, du Buyaga au Rwanda. Ce monarque conquit aussi une partie importante de l’actuel district de Kigezi qui fut plus tard rattachée à l’Uganda. Le Buyaga, une partie du Mutara et du Ndorwa, furent englobées dans les apanages royaux de Gatsibo et de Gabiro. L’influence pastorale est beaucoup plus forte dans les anciennes chefferies du Ndorwa et d’Ankole.

Ndorwa compte 10% de pasteurs tandis que Buyaga en compte 22%. Ce n’est que vers 1903 que les premiers Européens parcoururent le la région. Encore que leur pénétration ne dépassa guère la vallée de la Bahimba. C’est seulement quelques années plus tard que les populations locales surent que les Européens protégeaient le roi Musinga et son royaume contre les fauteurs de troubles. En 1909, les Pères Blancs fondèrent la Mission catholique de Rurindo.

Au point de vue administratif, la région dépendait du poste de Kigali jusqu’à l’installation du poste administratif de Gatsibo en 1918. Deux événements importants marquèrent les quinze premières années de l’occupation belge :

- En 1928, il y eut l’occupation militaire du Ndorwa provoquée par les agissements séditieux d’un certain Semaraso. Cet individu se faisait passer pour être le fils du roi Rwabugili et de Nyiragahumuza, au nom de Ndungutse. Et, contrairement à l’opinion publique, il avait échappé à l’opération militaire des Allemands. Il reprenait les armes, dans l’intention de chasser Musinga qu’il considérait comme usurpateur. Les naïves et crédules populations du Rukiga-Ndorwa, constituèrent immédiatement l’armée nécessaire pour sa besogne. Une fusillade les reçut dans la localité de Kaniga et une cinquantaine de personnes y laissa sa vie. Semaraso parvint à s’enfuir en territoire anglais, mais y fut arrêté et livré aux autorités belges. Placé en détention à Kigali, il parvint à s’échapper mais il fut arrêté à nouveau en 1931, alors qu’il venait de brûler l’habitation du chef Kagonyera, père du chef Katabarwa, du Ndorwa. Plus tard, il parvint une nouvelle fois à prendre la fuite.

-La convention Orts-Miller, signée à Paris le 28 mai 1919, obligea les Belges à remettre aux Britanniques une bande de terrain du Rwanda, destinée à l’extension de la ligne de chemin de fer de Tabora.

Une partie de la province du Mutara fut ainsi évacuée par les Belges au mois de mars 1922. Les Autorités britanniques de Bukoba se bornèrent à visiter Gabiro et à y installer un chef du Nkole britannique. Ce dernier y résida jusqu’en 1923. Le Mutara fut rétrocédé au Rwanda le 31 décembre 1923.

B. Les chefferies

1°- Rukiga

La chefferie du Rukiga comprend le massif de Kayenzi, le massif de Byumba, le Busigi, les collines voisines de la Cyohoha, et le massif de Nemba. Les premiers occupants du sol furent les membres des clans des Abazigaba et des Abasinga. Ils furent rejoint dans la suite par les membres des clans d’Abagesera, Abacyaba, Abasigi et Abungura. La pénétration initiale des armées de la Cour royale dans cette région semble s’être réalisée sous le règne du roi Ruganzu II Ndoli. A cette époque, le Busigi était commandé par un muhinza nommé Nyamikenke, un grand pluviateur, qui avait sa résidence à la colline de Karama. Le souvenir de Nyamikenke est resté vivace au Rukiga à cause de sa fonction de grand pluviateur. Sa sépulture à la colline Tumba fut longtemps honorée. Parmi ses descendants, le plus célèbre fut son fils Minyaruko, qui fut l’un des alliés du roi Ndahiro II Cyamatare, en faveur de la légitimité royal de son fils Ndoli. Le premier chef pasteur de cette région fut Kanyonyomba, nommé par le roi Kigeli IV Rwabugili. De nombreux chefs y possédaient une colline ou une partie de colline en qualité de fief de pâturages = ibikingi. La localité de l’ancien royaume du Busigi était commandée par le chef Kanyonyomba. Le massif de Kayenzi, engobant les collines Kayenzi, Rukore, Bukinga, Kigamba, Buramira, et les collines Byumba et Muranzi, étaient des fiefs du chef Rukangirashyamba, auquel succédèrent son fils Gashamura et son petit fils Rwampungu.

Le massif voisin de la rivière Cyohoha, depuis la colline Busura jusqu’à la colline Burenga, appartenait à Ruhararamanzi. Kanyonyomba fut remplacé par Biganda, comme chef de la terre du Busigi, et par Rwubusisi comme chef de l’herbe, tandis que le chef Kayondo recevait les troupeaux dont Kanyonyomba avait été dépossédé par le roi Musinga. Biganda fut ensuite remplacé par son fils Kayihura, tandis que Rwubusisi restait en fonction jusqu’en 1929.

En 1929, le prince Etienne Rwigemera reçut le commandement des collines de Cyanya, Mwiri, Karama, Tumba, Gihenge et Ruvumba du Busigi. En janvier 1931, le Territoire de Byumba fut créé par le groupement des massifs du Busigi, Kayenzi, Nyabisiga, et des collines Zoko, Musenyi, Kavumu, Mutandi, Rubona, qui faisaient auparavant partie de la chefferie du Buriza appartenant au Territoire de Kigali. En 1935, le massif du Nemba fut détaché de la chefferie du Ndorwa au profit du Rukiga.

Voici la liste chronologique des chefs du Rukiga. Le secteur du Busigi eut pour premier chef Kanyonyomba. Il fut remplacé par Biganda, fils de Rwamuhungu, umuskete, puis de son fils Kayihura comme chefs de terre. Pour le commandement de l’herbe, il fut remplacé par le chef Rwubusisi, fils de Cyigenza, umwega. Le secteur de Kayenzi fut commandé, de père en fils, par les chefs du clan des Abatsobe : Rukangirashyamba, Gashamura, Edouard Rwampungu. Le secteur de Cyohoha fut commandé par le chef Ruhararamanzi, fils de Ruvuzandekwe, umwega-umukiza.

2°-Buberuka

Le Buberuka tirerait sa dénomination d’une petite colline nommée Beruka, habitée par des grands forgerons. Les houes fabriquées à cet endroit se nommaient Amaberuka.

La célébrité de ces forgerons vient d’une légende selon laquelle le fameux roi Ruganzu Ndoli y aurait séjourné et appris ce métier de forgeron. Cette renommée se rependit sur les régions d’alentours qui devinrent un véritable centre métallurgique. Ces forgerons furent plus tard intégrés dans la Milice Abavugusi (Abacuzi) qui était une corporation fondée sous le règne de Cyilima Rugwe (1345-1378) et dont le premier chef fut Hozi. Le roi Ruganzu Ndoli tua Suti, l’umuhinza du Buberuka. Il soumis les familles autochtones au paiement du tribut royal.

Néanmoins ceux-ci demeurèrent pratiquement indépendants jusqu’au règne de Mutara II Rwogera (+1853). Ce roi installa les premiers chefs tutsi dans la région. Le premier fut le nommé Byoguruyange. Son fils Rubanzabigwi lui succéda. Celui-ci fut exécuté par le roi Rwabugili et fut remplacé par Ndangali du clan des Abungura. A la même époque Mubumbyi, chef des forgerons Abavugusi, vassal du roi Rwabugili, possédait quelques collines dans la partie nord du Buberuka. A Ndangali, succéda Ruhararamanzi. Celui-ci fut remplacé par son fils Sendashonga. Ce dernier exerça le commandement jusqu’en 1924, date où il fut démis par l’administration belge qui nomma à sa place son fils Thomas Karyabwite. Sous le règne de Musinga, une lutte intestine mit aux prises les familles des clans Abatsobe et Abashambo. Après la mort du mutwa Basebya qui s’était emparé du Buberuka, le Mutsobe Gashamura obtint du roi Musinga le commandement du massif Mushongi. C’est à cet endroit, que se trouvaient, comme on vient de le dire, les forgerons des houes Amaberuka dont les ateliers se situaient sur la colline Beruka. En 1913, une querelle de limite opposa les membres des familles des clans Abatsobe et Abashambo. Le dernier chef connu après ces luttes fut Thomas Karyabwite du clan des Abashambo. Voici la liste chronologique des chefs du Buberuka : Byoguruyange, umutsobe ; Rubanzabigwi, fils du précédent ; Ndangali, umwungura ; Ruhararamanzi, fils de Shumbusho, umushambo ; Sendashonga, fils du précédent ; Thomas Karyabwite, fils du précédent.

IBITEKEREZO